CPE La Rose des Vents - Centre de la petite enfance et Bureau coordonnateur de Blainville
Nouvelles

ATTENTION À LA SURSTIMULATION DE NOS TOUTS-PETITS


2012-02-01

Texte de Sylvie Bourcier, psychologue et formatrice reconnue dans le milieu de la petite enfance.
- 2 février 2009


ATTENTION AUX DANGERS DE LA SCOLARISATION PRÉCOCE

On observe dans nos milieux de garde des exigences de plus en plus grandes de la part des parents. Certains milieux cèdent à la pression des parents et les enfants se retrouvent dans un contexte scolarisant où l’excellence et la performance sont de rigueur. « La fabrique des surdoués », titrait La Presse en septembre 2008. Au programme, des cours de pré-lecture, de pré-écriture dès l’âge de deux ans, des énumérations mathématiques à 3 ans et dès 5 ans, des pratiques de tests d’admission pour accéder à des écoles élitiques. Pourtant, les enfants qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires en mathématique viennent de la Finlande où la scolarisation débute à 7 ans. Quant aux enfants qui accèdent à la maternelle suite à une dérogation scolaire, ils risquent davantage d’échouer une année scolaire. En effet, une étude démontre que 75% des enfants qui échouent une année scolaire sont les plus jeunes et qu’ils sont deux fois plus référés pour un trouble d’apprentissage. De plus, en France, où les enfants débutent l’école très tôt, on constate à l’âge de 5 ans un large vocabulaire mais, malgré les apprentissages précoces, seulement 10% d’entre eux sont aptes à acquérir les bases de l’apprentissage de la lecture.
Selon les connaissances actuelles, les principaux prédicteurs de la réussite scolaire sont la maîtrise du langage, les bonnes compétences sociales et la curiosité intellectuelle. L’imposition d’attentes irréalistes au niveau du développement cognitif crée des situations de stress chez l’enfant. Il se trouve confronté à des exercices qui exigent de lui des processus cognitifs non accessibles par manque de maturation anatomique. Son cerveau peut parfois mémoriser sans toutefois comprendre. Ce gavage intellectuel chez les petits peut provoquer des blocages face aux apprentissages scolaires. Il sape la motivation en lui faisant vivre des situations d’échec à répétition. Lorsque le temps de jeu est utilisé pour des apprentissages non adaptés au niveau du développement de l’enfant, celui-ci risque d’être freiné ou ralenti. En effet, le temps qui devrait être alloué aux activités de découverte, d’exploration, de manipulation et de motricité est monopolisé inutilement par des exercices scolarisés visant des connaissances qui peuvent parfois s’acquérir naturellement par le jeu ou qui sont adaptés aux petits. De plus, le cadre directif des apprentissages scolarisés est peu propice à l’expression de la créativité. Le jeu libre permet à l’enfant de se construire un monde intérieur à son image. Le jeu libre est sans contrainte, libre de stress et d’objectifs prédéterminés.
Par son caractère universel, le jeu représente le meilleur médiateur entre les enfants, toutes origines confondues. Il développe les habiletés langagières particulièrement dans les jeux symboliques qui sont soutenus par le langage. En étant maître d’œuvre de son univers ludique, l’enfant recrée la réalité et la corrige en fonction de ses désirs. Il évolue donc dans un contexte de valorisation personnelle.
Le jeu donne un sens à certaines situations observées et non comprises. L’enfant reproduit ce qu’il a observé et comprend mieux le contexte. La capacité de l’enfant à faire appel à des représentations mentales lui permet d’exprimer les conflits intériorisés qui l’habitent en projetant à l’extérieur des préoccupations jusque-là non dites.
Le jeu permet la construction d’images mentales. La pensée évocatrice favorise la pratique de l’organisation séquentielle, la mémorisation, l’organisation de la pensée, la décontextualisation, la planification, la décentration et favorise ainsi la conservation des apprentissages.
Le jeu permet l’intégration de différents concepts. Par exemple, dans les jeux de sable, l’enfant explore les concepts suivants : poids/mesure, forme/grandeur, pareil/différent, lourd/léger, plus/moins, la vitesse d’écoulement, la transformation des matières (sec/mouillé/évaporation), la relation spatiale (dessus/dessous), etc.
Il favorise aussi le développement moteur et la bonne estime de soi chez l’enfant. En effet, l’enfant joue sans vivre du stress excessif et vit un sentiment de confiance. Il vit du succès et fait preuve d’autonomie, ce qui lui permet de se sentir compétent. Il exprime ses émotions, ses besoins et ses désirs ouvertement, ce qui lui permet peu à peu de mieux se connaître
Lorsque nous permettons l’enfant de découvrir le monde par le jeu, nous respectons l’expression de sa personnalité. Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, hantés par l’avenir. Ce sont des petits hommes qui ont leurs propres désirs, leurs propres rêves et leur candeur. Ils ont droit au respect de leur rythme, le droit à la joie et au plaisir d’habiter leur univers, la planète de l’enfance.

Du même auteur:

Attention! enfants sous tension! Le magasine enfants Québec, octobre 2001.


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